Pratiquer au printemps

Share

Une nouvelle saison se prépare silencieusement. Le calendrier civil nous dit que le printemps débute le 20 mars, mais le printemps météorologique arrive dès le 1er mars. En Occident, pour les catholiques, c’est le temps du Carême, 40 jours de début mars à mi-avril pour 2017. Le carnaval marquait l’entrée dans cette période de restrictions, la Mi-Carême permettait de faire une pause. Autrefois, on finissait probablement les réserves en attendant les premières récoltes de légumes nouveaux, ce qui n’est plus le cas maintenant.

Héritage de la nuit des temps dans de nombreuses civilisation, l’arrivée du printemps se fête aussi en Inde avec la Fête des Couleurs (à la nouvelle lune de fin février début mars).

L’ayurveda nous dit que l’influence de Kapha domine encore notre organisme. L’hiver finissant peut nous laisser avec un excès de déchets non éliminés. Les idées ont peut être stagné de la même façon et on peut se trouver d’humeur plutôt tamasique*. Il va falloir mobiliser tout cela pour être prêt pour le démarrage printanier ! grâce à la stimulation de apana prana. En même temps, Vata se renforce progressivement, sa mobilité nous aidera évacuer.

Adapter sa pratique au renouveau. Forts de ces repères,  on sélectionnera des postures qui mobilisent apana dans le système digestif afin de le détoxifier. Les torsions sont excellentes pour cela, avec apanasana en contrepose.

On préparera son dos en choisissant des  asanas qui élancent la colonne vertébrale vers le ciel, détassent les vertèbres et permettent de mobiliser l’ensemble des fluides. Les extensions de préférence sur le ventre (sphinx, chameau ou arc) pour finir en assise (le bâton en particulier permet de bien sentir la colonne dressée vers le ciel). On rajoutera des postures qui étirent les flancs. La digestion continue à se trouver dynamisée en parallèle.

On s’inspirera du restorative yoga en utilisant des supports pour faciliter la détente qui assainira le mental, en tenant les postures longtemps (de 5 à  20 minutes selon ses capacités), en se concentrant sur le ralentissement du souffle. Car prolonger l’expiration prolonge l’élimination des déchets transportés par le souffle, déchets physiques auxquels on peut rajouter les déchets mentaux.  On respirera en ujjayi, qui ralentit, réchauffe et apaise, on concentrera son regard par le troisième œil pour la concentration. Du temps et de la lenteur pour savourer la purification qui s’opère. Mais aussi de la tonicité pour sortir de la torpeur hivernale : c’est le moment de réfléchir à l’équilibre stira – sukkha, entre la douceur et l’effort, l’exigence envers  soi-même.

La posture reine pour cette saison sera la torsion assise (que l’on pratiquera selon son expérience en ardha matsyendra ou bien marichiasana, avec toutes les variantes possible). Le ventre se relâche pour mieux tourner, la colonne tient fermement l’élan de la posture. Si l’on manque de tonicité dans le dos et que l’on n’arrive pas à l’empêcher de s’arrondir, les torsions debout iront très bien. On peut également atténuer la puissance de la torsion en utilisant des supports et des aides comme le propose Yoga journal dans la page suivante (en anglais malheureusement mais les photos sont explicites).

Pour le pranayama, on privilégiera les exercices favorisant l’énergie apana, l’énergie de l’élimination. D’une part, pendant la pratique des postures,  on veillera particulièrement à prolonger l’expiration. On équilibre les deux polarités des énergies par nadi shodana. On finira la séance avec des rétentions de souffle poumons vides pour laisser le temps aux déchets de passer dans l’air qu’on expire : la respiration par paliers (viloma pranayama).

Se mettre au diapason du printemps. Pendant notre pratique personnelle, on va ainsi redonner de l’ampleur au souffle,  ce qui allège et redonne de l’ampleur à l’esprit. N’oublions pas que le lien entre le physique, le mental et le spirituel est le fondement de la pratique du yoga !

Cette pratique, conjuguant fermeté et abandon dans nos différentes dimensions, élargit notre capacité d’accueil du nouveau. Nous sommes prêts pour accueillir le printemps et ses énergies, les mettre à profit pour préparer de nouvelles récoltes.

*tamas : un des trois gunas (propriété) de la matière, celui qui donne stabilité mais aussi inertie. Pour  en savoir plus visiter la page de Yoga et vedas qui traite du sujet.

Les torsions

Share

Postures dans lesquelles on vrille la colonne sur elle-même, à partir d’un point fixe (épaules ou bassin).  Intenses, les torsions demandent concentration et précision afin de bien respecter les possibilités de la colonne : ne pas brusquer les cervicales en tournant trop la tête, ne pas forcer les lombaires qui sont solidement reliées entre elles.

Les avantages des torsions : étirement des muscles latéraux du buste, ouverture de la cage thoracique et donc amélioration de la respiration. Auto-massage des viscères de la cavité abdominale par l’alternance compression puis détente : notamment estomac, foie, reins, colon. Étirement des muscles intervertébraux, réduction des tensions, rééquilibrage. Effet mécanique d’ « essorage » du fait de mobilisation des fluides dans les vaisseaux entourant la colonne (sang, lymphe), et drainage des substances accumulées dans l’immobilité de notre vie sédentaire. Une torsion sollicite particulièrement manipura chakra (situé sur la face arrière de la zone ventrale depuis le bas de la cage thoracique jusqu’au dessous du nombril). On placera donc la conscience dans cet espace qui sera le centre de gravité de la torsion.

Comment faire ?

Pour respecter le sens de circulation des fluides dans le colon, on  comprime d’abord le côté droit (le contenu du colon ascendant part vers le colon descendant) en tournant vers la droite, puis le côté gauche (le contenu du colon descendant part vers le rectum).

C’est le relâchement du côté comprimé pendant l’expir qui permet de pivoter un peu plus, il est inutile de forcer.

Dans les torsions au sol où le poids des jambes entraîne la torsion, on risque de se laisser partir un peu trop loin, or il faut préserver les vertèbres lombaires et l’articulation coxo-fémorale. Pour cela, on décalera son bassin du côté opposé au sens de la torsion :  pour préparer la torsion vers la droite, on soulève le bassin sur inspir et on va le poser au sol sur la gauche  sur expir, puis on réalise la torsion choisie sur l’expiration suivante. Quand on revient, on recentre le bassin, et on le décale à droite pour faire l’autre côté. L’axe de la colonne dans sa partie lombaire sera préservé, les tensions inutiles seront amoindries.

Dans les torsions en assise ou debout, on veille au maintien de tonicité de la colonne : on se grandit (on fait monter l’inspiration le long de la colonne), on s’engage dans la torsion sur IN. C’est la colonne qui maintient la posture, le buste pivote autour de cet axe.

Et après ? Il faut une contre pose avant de se remettre en mouvement. Si la torsion est tonique, un chat suffit, l’alternance des côtés a conservé les vertèbres dans l’alignement. Si la torsion est passive, on a bien étiré les espaces intervertébraux, un bâton en tension remobilisera  la tonicité de la colonne avant de se remettre debout.

Compte tenu de la puissance des torsion, on les pratique en fin de séance, une fois que le corps est assoupli, étiré, préparé. C’est une bonne conclusion pour le dos et les viscères : remis en place et purifiés !

Quelques postures dans un ordre croissant de puissance de torsion : torsion debout, marichiasana, ardha matsyendra (une jambe dépliée), torsion en fente, nidrasana, torsion de la grenouille, torsions au sol (dont les séries des torsions des crocodiles), matsyendra (complète = les deux jambes repliées & croisées).

Pour aller plus loin dans l’exploration raisonnée des torsions, consulter l’ouvrage de Clara Truchot Yoga, mouvements spécifiques pour la santé et la souplesse de la colonne vertébrale.

La pratique du yoga à la portée de tous